Contrôle sphinctérien
Contrôle sphinctérien et propreté
Pour cela il faut d'abord savoir que le contrôle sphinctérien nécessite une maturation du système nerveux en général. Qui dit contrôle, dit possibilité de contrôler c'est à dire une intervention de la volonté.
Sans vouloir vous faire un cours d'anatomie et de physiologie, je pense qu'il est utile d'avoir quelques notions du fonctionnement des sphincters qui assurent la miction et la défécation.
La miction : l'évacuation et la rétention de l'urine sont assurées par des systèmes d'expulsion et des systèmes de contention. La fermeture et l'ouverture de la vessie sont assurées par deux types de muscles, des muscles lisses involontaires et des muscles striés volontaires.
C'est pourquoi la miction peut-être automatique et survient quand la pression à l'intérieur de la vessie dépasse un certain seuil qui stimule les nerfs sensitifs qui vont à la moelle épinière qui va commander à travers les nerfs moteurs le relâchement du sphincter lisse. A côté de ce système, existe l'autre système qui commande le sphincter strié et qui est donc volontaire, c'est à dire commandé par un circuit cérébral.
Ce deuxième système ne peut fonctionner pleinement qu'après la maturation générale du système nerveux central qui comme vous le savez survient à la fin de la deuxième année.
La défécation : est assurée par le rectum qui comporte également deux sphincters. Un sphincter interne à fibres lisses donc fonctionnant de façon involontaire puisque son contrôle est assuré par un centre siègeant dans la région lombo-sacrée et un sphincter à fibres striées qui est sous dépendance cérébrale donc volontaire.
Si ces constantes anatomiques sont identiques chez tous les enfants, l'attitude sociale envers le contrôle sphinctérien est elle, différente selon les sociétés.
On ne sait pas ce qui détermine ces différences d'attitude vis à vis de l'apprentissage de la propreté. On sait que dans les sociétés dites primitives ces attitudes à l'égard du contrôle sphinctérien sont variables d'une tribu à une autre. Par exemple chez les Indiens Navajas, les règles de propreté sont enseignées sans contrainte. Ce n'est que lorsque l'enfant sait parler que la mère entreprend l'éducation sphinctérienne par l'explication, en présentant à l'enfant la discipline de telle sorte qu'il la ressente comme une protection plus qu'une contrainte.
En revanche dans d'autres tribus, les tribus Manus de l'île de l'Amirauté, on s'efforce d'entraîner l'enfant à un contrôle précoce. Kardiner nous raconte que dans ces tribus, la mère commence à éduquer son enfant dès l'âge de 2 à 3 mois et pendant toute la durée de l'éducation l'accent est mis sur le côté jugé honteux de la miction et de la défécation.
Dans les sociétés modernes cette attitude est également variable d'un pays à un autre. Les études faites ont montré que dans les sociétés américaines et anglo-saxonnes ces attitudes sont plus sévères et plus coercitives que dans les sociétés méditerranéennes.
Mais, de façon générale, on a remarqué une évolution dans le temps dans le sens d'une moins grande sévérité dans l'éducation sphinctérienne. C'est ainsi que dans les années 50 en France, une étude statistique avait retrouvé 68 % d'enfants soumis à l'apprentissage (mis sur le pot) avant l'âge de 6 mois et on n'en retrouve que 6 %, dix ans après, dans les années 60.
Chez nous, bien que de telles statistiques n'existent pas, il semble que la pratique de l'éducation à la propreté soit du type plutôt indulgent.
De façon générale le contrôle sphinctérien dépend de la maturation et aussi de facteurs sociaux et affectifs et passe par plusieurs étapes.
Dans son Baby-test A. Gesel fixe les normes suivantes :
- A partir de 15 mois débute une régulation progressive des mictions de jour qui va jusqu'à l'âge de deux ans où l'enfant est propre la journée.
- Vers l'âge de 18 mois, le contrôle nocturne des matières est en général acquis.
- Entre 2 et 3 ans l'enfant acquiert la propreté nocturne s'il est levé une fois la nuit.
- Après 3 ans, l'enfant devient autonome pour la réalisation de ses besoins d'uriner.
Si je vous ai rapporté ces normes, alors que je me suis abstenue, tout le long de ce livre de vous assener des chiffres, des âges où l'enfant doit faire ceci ou cela, c'est que j'ai remarqué tout le long de mes entretiens avec les parents que s'est développé à ce sujet au cours de ces dernières années, une certaine anxiété sous l'influence probable des médias ou des lectures.
Cette anxiété s'explique sans doute par le fait que les jeunes mères n'ont pas de repère par rapport à cette question du contrôle sphinctérien qui dans notre culture traditionnelle n'est pas vécue comme un problème.
Cependant, le changement de vie, les contraintes de la vie moderne peuvent vous amener à vouloir que votre bébé soit propre plus tôt qu'à l'âge retenu comme normal et ordinaire et vous vous demandez : est-ce possible ? Comment faire ? N'y a-t-il pas des répercussions sur le développement de l'enfant ?
Ces questions sont légitimes car l'organisation du contrôle sphinctérien et ses conséquences ultérieures ne peuvent pas être séparées de la façon dont l'enfant accepte et tolère le contrôle qui lui est imposé, des satisfactions qu'il tire de l'activité sphinctérienne et du sentiment qu'il éprouve et en particulier le sentiment de sécurité qui m'apparaît absolument primordial et qui se forme très tôt dans la vie.
Vous allez comprendre ceci par l'expérience personnelle de tout individu. Nous avons tous une image de nous même que nous avons découvert dans de multiples expériences où nous avons mobilisé notre corps, bougé, sauté, couru, dansé etc. de même avons nous une image de notre corps entrevu dans le miroir, mais cette image dans le miroir est toute subjective, celle que nous voyons nous mêmes et n'est pas identique à celle que voient les autres. En effet les autres ont des possibilités de nous voir sous tous les angles, de face, de profil, de 1/4 de profil, de derrière etc. alors que nous-mêmes n'avons qu'une vague intuition de notre profil et encore moins de notre vue par derrière. Il y a ainsi toute une partie de nous même que nous ne connaissons pas vraiment, que nous ne maîtrisons pas et ceci est une source d'angoisse ; vrai c'est un point de faiblesse, tout ce qui est le dos, le derrière ! Ce n'est pas un hasard si sur le plan moral le comble de la lâcheté c'est d'attaquer par derrière, tirer dans le dos...
Ainsi le bébé, qui n'a pas encore développé tous les procédés de maîtrise de l'environnement est-il particulièrement vulnérable, angoissé et intéressé par tout ce qui se passe dans le derrière, sur lequel il n'a pas une prise directe. Aider l'enfant à contrôler cette activité sans introduire de peur, de honte, est absolument primordial pour créer ce sentiment de sécurité dont je vous parlais et qui est la base indispensable de la sérénité et des possibilités d'un bonheur futur.
Comprendre cela est nécessaire et suffisant. Fidèle à l'esprit de ce petit livre, je ne vous donnerai pas de recette, il me paraît suffisant de vous avoir transmis le message, tout faire pour que l'enfant éprouve le sentiment de sécurité, qui lui permette d'aller de l'avant, d'explorer des contrées inconnues, de découvrir, de maîtriser son environnement de le transformer à la mesure de ses désirs et des contraintes de la réalité.
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