Tsouha, tu grandiras

Pr Houria Chafai-Salhi

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La communication

La communication

La potentialité à communiquer par des signes verbaux codés, l'enfant l'a dès la naissance mais cette potentialité ne peut être effective que si existent un certain nombre de conditions. Mais avant d'aborder la façon dont s'acquiert le langage, nous allons revenir en arrière et voir la façon dont se forme l'attachement entre l'enfant et sa mère, premier lien dans sa vie, première personne avec qui il apprend à communiquer. Oui même si elle est non verbale, cette communication est très riche et commence à se développer dès la naissance.

Plusieurs expériences rigoureusement conduites ont pu montrer que dès la naissance le nouveau-né utilise toutes ses aptitudes à percevoir et à apprendre, dans le sens de la communication. Comme la mère, avide de connaître son bébé en fait de même, cette communication s'établit très tôt.

Ceci démontre ce que l'école américaine de Palo-Alto a mis en évidence c'est que d'une façon ou d'une autre on ne peut pas ne pas communiquer.

Pendant très longtemps les psychologues ont été victimes de leurs préjugés et ont refusé de prendre en considération les propos des mères qui, elles, étaient convaincues que tout, tout petit, leur bébé les reconnaissait, leur souriait. Ce n'est qu'avec l'avènement d'expérimentations plus fines et de protocoles plus élaborés que des chercheurs ont pu découvrir que le comportement social du bébé était beaucoup plus précoce qu'on ne le croyait jusque là et entre autre que le bébé reconnaissait sa mère dès la fin de la deuxième semaine.

Un exemple de comportement social évident est le sourire.

De nombreux parents ont toujours été convaincus que leur bébé leur souriait, affirmation qui n'était pas partagée par les psychologues qui soutenaient que ces sourires n'avaient rien de social, que ce sont des sourires réponses aux stimulus, que le seul, le vrai sourire à prendre en considération est celui qui apparaît devant un visage humain plus tard.

Et pourtant les mamans ont continué à croire au sourire de leur bébé et à y répondre. Pourquoi, si ce n'est pas un sourire n'existe-t-il que dans notre espèce ? Pourquoi le bébé chaton ne sourit-il pas ?

Toute une controverse entre spécialistes est née de ce phénomène étrange, le sourire, si spécifique à notre espèce que son apparition est vécue par les parents comme une belle récompense, un échange, un signe de reconnaissance ; C'est si vrai que quand le sourire n'apparaît pas, dans certains cas pathologiques, les parents éprouvent une grande frustration et ça fait naître en eux un profond malaise.

Je ne vous parlerai pas de toutes ces controverses sur la signification du sourire du bébé, à quel âge il faut l'appeler sourire et quel sens a-t-il avant ce fameux âge etc. Le but de ce petit livre étant très modeste, celui de vous aider à mieux connaître et comprendre votre bébé dans les premiers temps de sa vie où il ne dispose pas encore de cet outil fantastique qu'est le langage pour vous dire ses joies, ses répulsions, bref ses émotions et ses désirs.

Ce que vous avez remarqué, c'est que votre bébé sourit dès les premiers jours qui suivent sa naissance, vous avez dû vous rendre compte aussi que ce sourire n'est pas vraiment complet parce qu'il ne met en jeu que les muscles de la bouche et qu'il n'y a pas de participation des muscles du front et des yeux. Ce sourire vous émeut quand même, vous savez qu'il est signe de soulagement, de satisfaction. Il apparaît quand le bébé est endormi et vous vous dites, il sourit aux anges qui veillent sur son sommeil, et c'est très bien ainsi. A partir de la troisième semaine le sourire apparaît plus volontiers en présence des gens et il vous semble qu'il répond aux sons et surtout à la voix humaine. Dans vos bras, quand vous le soulevez pour le faire roter après la tétée, une fois qu'il a expulsé ses bulles d'air par un joli rot qui vous soulage vous aussi, il est très fréquent qu'il réponde à tous les mots doux que vous lui roucoulez, par des sourires. Ce n'est pas encore un vrai sourire diront les spécialistes mais peu importe pour nous parents qui sommes convaincus de sa valeur.

Ce n'est que le sourire qui apparaît vers six semaines et qui est déclenché par la vue d'un visage qui est reconnu officiellement comme sourire social, allez savoir pourquoi ?

Mais il y a une chose que je vais vous dire de votre bébé et qui vous fera plaisir. C'est qu'on a découvert qu'entre six et huit semaines le bébé ne sourit pas seulement quand il est rassasié, soulagé mais qu'il est aussi capable de sourire de joie d'avoir trouvé, réussi quelque chose par lui-même. J'ai lu des expériences faites sur des bébés de cet âge et je vais vous en parler, sûre que vous serez très contentes de l'apprendre. Une des expériences consistait à relier des mobiles au berceau, de telle sorte que le mouvement du berceu imprimait un mouvement aux mobiles et les bébés se mettaient à sourire dès qu'ils réussissaient à contrôler les mobiles. En effet dans un autre groupe témoin où on empêchait cette possibilité de contrôler les mobiles, il n'y avait pas de sourire. Ces sourires n'étaient donc pas provoqués par les stimulus, le mouvement des mobiles, mais bien par le plaisir de la découverte. Et oui déjà à cet âge votre bébé est capable de sourire de triomphe, n'est-ce pas merveilleux ?

Votre bébé utilise donc toutes les possibilités pour entrer en contact avec vous et vous même êtes à l'affût de ce qu'il cherche à exprimer et vous lui parlez, lui souriez, l'embrassez, ce sont là autant de signaux qu'il capte et qu'il essaye d'intégrer.

C'est cela qu'on appelle la communication pré-verbale. Elle se développe et s'enrichit chaque jour davantage. A la fin du premier semestre de la vie, une bonne communication est établie entre le bébé et sa mère et aussi les autres personnes de son entourage, son père, ses frères, ses sœurs et d'autres personnes moins familières qui l'approchent.

Mais voilà que vers sept ou huit mois ce comportement se modifie, bébé va manifester de la peur et se mettre à pleurer quand des personnes étrangères s'approchent de lui ou quand il est séparé de sa mère. Ce comportement nouveau dans la vie du bébé est-ce qu'on a appelé l'angoisse du huitième mois et il a plusieurs significations.

D'une part il montre que le bébé a pris conscience de son identité, c'est-à-dire qu'il est une personne distincte des autres qui sont extérieurs à lui.

C'est l'âge où il adore se découvrir dans le miroir, où il commence à vous imiter et adore vous voir l'imiter à votre tour. Ce jeu renforce et stimule la prise de conscience de lui-même comme personne entière et de l'existence des autres. C'est l'âge aussi où il différencie nettement les personnes familières des visages inconnus. Cette angoisse du huitième mois est donc un moment important de son développement, c'est un signe positif qui ne doit donc pas vous inquiéter. En effet avoir peur des étrangers est le signe évident qu'il s'est attaché aux personnes familières qui l'entourent.

Le premier attachement se fait envers la mère, parce qu'habituellement c'est la mère qui s'occupe du bébé mais quand le père participe pleinement aux soins donnés au bébé, l'attachement se fait également envers lui.

De nombreux chercheurs ont réfléchi sur l'apparition de cette angoisse de séparation pour comprendre pourquoi elle se produit et s'il y a un moyen de la diminuer, de l'atténuer.

Pourquoi donc le départ de la mère créerait-il de l'angoisse chez le bébé ? Certains pensent que ce phénomène est lié au souvenir d'expérience de malaise que le bébé vit quand sa mère n'est pas avec lui et au soulagement qu'il éprouve quand elle est là. Par exemple quand il se réveille en ayant faim et que l'apaisement de la faim est procuré par la mère il associe l'absence de la mère à toutes les situations d'inconfort ou de souffrance et les expériences de soulagement à la présence maternelle. Ainsi à chaque départ de la mère il anticiperait en quelque sorte la situation de désagrément comme une menace. Cependant cette explication n'est pas très satisfaisante et on remarque que dans les familles nombreuses comme chez nous l'angoisse de séparation se manifeste vis à vis d'autres personnes que la mère, les frères et soeurs, les oncles et les tantes alors que ces personnes ne participent pas directement aux soins nourriciers du bébé.

Bref, ce qu'on sait de façon certaine c'est que le bébé éprouve cette angoisse à partir de l'âge de huit mois, parfois jusque vers l'âge de dix-huit mois ; parfois jusque vers deux ans. On sait également que cette angoisse de séparation est liée à l'attachement du bébé et peut donc se manifester vis à vis d'autres personnes qui vivent avec le bébé et en particulier les frères et soeurs. Les jumeaux par exemple développent très tôt des attachements entre eux. Cette angoisse n'est pas liée à un conditionnement comme on l'a cru longtemps mais à la rupture de la communication.

Comme nous l'avons vu une communication pré-verbale s'établit peu à peu entre le bébé et sa mère et si le bébé est séparé de sa mère il va se retrouver avec une personne avec laquelle il ne sait pas communiquer et éprouve donc un sentiment de solitude d'autant plus fort qu'il n'a eu aucun lien antérieur avec cette personne ; Face à un étranger, le bébé va se retrouver perdu, sans repères et va naître en lui une inquiétude quand il ne retrouve pas dans les intonations de voix, ni dans la mimique, ni dans la façon de se mouvoir de l'étranger les signaux connus, familiers. Mais tant que l'étranger reste à distance l'enfant est simplement perplexe, la peur apparait dès qu'il y a une tentative d'approche et cette peur se manifeste même quand le bébé est dans les bras de sa mère.

De nombreux adultes se sentent vexés de la frayeur qu'ils occasionnent, ils ne se rendent pas compte de la disproportion entre le bébé et l'adulte, véritable géant par rapport à lui. Cette disproportion n'est atténuée que par tout ce réseau de communication qui se tisse peu à peu entre le bébé et l'adulte.

Je pense que la théorie de la communication explique bien mieux le phénomène de l'angoisse de séparation. On comprend pourquoi l'enfant après une période de séparation met un certain temps à renouer avec la mère, on a attribué ce comportement à de la bouderie, de l'hostilité : Peut être a-t-il besoin seulement d'un certain temps pour retrouver tous les signaux de reconnaissance ?

C'est une étape importante dans son développement affectif. L'angoisse de séparation signe la preuve que l'enfant a réussi à développer des attachements aux personnes de son entourage et ceci est un signe positif. Des enfants très perturbés que l'on rencontre dans des orphelinats sont indifférents à l'entourage. Ce comportement de désolation est terriblement attristant car c'est le signe que ces enfants n'ont pu former dans leur tête aucune image d'aucun être cher dont ils chercheraient la trace sur les visages entrevus.

Quelle conclusion pratique peut-on tirer de tout cela ? C'est que l'enfant a besoin de communiquer ; bien avant de parler il apprend à communiquer avec les personnes avec qui il est en contact permanent et c'est une première étape vers la communication verbale.

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