Tsouha, tu grandiras

Pr Houria Chafai-Salhi

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La période intra-utérine

La période intra-utérine

L'annonce de la grossesse n'a pas constitué pour vous un drame mais la réalisation d'un espoir.

Ce secret, la femme ne le garde pas longtemps, le mari et bientôt les parents et amis vont le partager. Les réflexions possibles : déjà encore ou enfin, ne vous touchent pas outre mesure, cet enfant, vous le voulez et vous entamez cette longue gestation ou plus banalement grossesse avec sérieux comme si vous étiez déjà investies de la future responsabilité de mère et en fait vous l'êtes.

Il est intéressant de garder des souvenirs de cette période pour les raconter plus tard à l'enfant qui apprécie beaucoup ; c'est pour lui, comme si déjà, avant la naissance il avait été inclus dans la vie de famille, ce en quoi il n'a pas vraiment tort, car, en effet dès ce moment il y aura l'avant et l'après, les rapports entre mari et femme se remanient subrepticement, au rythme des remaniements que vous sentez en vous et que vous supputerez, c'est comme si l'un et l'autre se poussaient un peu pour faire à l'enfant une place entre eux. Le mari sera plus attentif, moins exigeant vis à vis de la tenue du ménage et débutera déjà son apprentissage de père nourricier, c'est souvent lui qui veille à faire respecter le régime, prescrit dans certains cas. Il ne lésine pas pour les petites gâteries, ces fameuses envies des femmes enceintes qu'il se fait un devoir de satisfaire. Certains maris, trop anxieux ont parfois tendance à gaver leur femme, ne voulant pas d'un chétif avorton ; qu'ils se rassurent ! Le foetus est lié directement à la mère par le cordon ombilical et il puise tout ce qui lui est nécessaire à travers le placenta, il est donc gavé, pas de risque de dénutrition pour lui. De plus une prise de poids excessive n'est pas recommandée. Un suivi correct de la grossesse dans une PMI, qui est non seulement utile mais nécessaire, vous fournira tous les renseignements sur la prise de poids optimale et les différentes règles hygiéno-diététiques de cette période.

Car si la grossesse est un fait naturel, physiologique que toute femme a la capacité de mener à terme, il ne faut pas oublier qu'il existe des grossesses à risques et qu'un certain nombre de ces risques peuvent être actuellement prévenus. Alors, mettez d'emblée toutes les chances du côté de votre enfant en faisant contrôler régulièrement le déroulement de votre grossesse. N'oubliez pas que la période la plus fragile est le premier trimestre où tout passe dans le sang de votre bébé, les bonnes choses comme les choses qui peuvent être dangereuses et je vous mets en garde particulièrement contre les médicaments. Trop de femmes qui consultent dans les premiers mois de la grossesse pour une grippe, des troubles digestifs ou autres, oublient de signaler qu'elles sont enceintes et trop de médecins hélas oublient de leur poser la question alors que les prescriptions médicamenteuses ne sont pas toujours inoffensives pour l'embryon.

Ceci dit, il est bon de le répéter, la grossesse n'est pas une maladie qu'on soigne, mais un état naturel qui ne vous empêche pas de profiter de la vie pendant ces neuf mois sans vous imposer trop de restrictions. Nous avons la chance de n'être pas, comme les poules obligées de couver mais des mammifères, imitez les chattes et les biches agiles, ne soyez pas impotentes et l'accouchement ne sera que plus facilité et la récupération, après, de sa forme et de sa silhouette également. La marche, l'activité, les baignades sont très recommandées pendant toute la grossesse.

A partir du quatrième mois les petits désordres habituels, nausées, vomissements parfois, somnolence etc. prennent fin.

Vous êtes bien installés dans votre rôle de futurs parents et c'est précisément le moment vécu avec beaucoup d'émotion où le bébé se manifeste de façon tangible, il commence à bouger et ses mouvements vont s'affermir de plus en plus et s'individualiser, tous les bébés ne bougent pas de la même façon. Si les mouvements du foetus sont liés en partie à son tempérament (et oui ! déjà) ils dépendent également de la bonne santé de la mère, de l'équilibre judicieux entre une activité normale et le repos compensatoire, bref d'une bonne hygiène de vie. Le type de mouvement, de même que la forme du ventre ont donné lieu à toutes sortes de supputations hasardeuses sur le sexe de l'enfant. Aujourd'hui, on peut connaître le sexe, bien avant la naissance, par l'échographie qui est utilisée surtout pour suivre le développement du foetus. Certains parents y recourent, d'autres se refusent à ce dévoilement de mystère, préférant la surprise du jour de la naissance ; si vous êtes de ceux là, il vous faudra prévenir le médecin pour qu'il garde le secret. Il n'y a pas de conseil à donner sur ce point, c'est l'affaire de sensibilité individuelle. Toutefois il n'est peut-être pas inutile de dire que lorsque le sexe est fortement investi, désir d'un garçon par des parents qui ont déjà deux ou trois filles par exemple, maintenir le doute peut-être plus judicieux, la déception étant estompée par la vue du bébé et le soulagement de la délivrance. Cependant certains opteront pour connaître le sexe dès que possible pour mieux individualiser le bébé et s'accoutumer à l'idée d'avoir encore une fille ou encore un garçon. Ce problème se pose rarement pour le premier né, bien qu'à l'évidence chez nous, les parents soient très flattés d'avoir un fils aîné. Dans certaines régions, comme en Kabylie et peut-être est-ce le cas ailleurs aussi, on déprécie beaucoup ces femmes qui ne sont capables de porter que des filles sans savoir qu'en cette matière les femmes ne peuvent donner que ce qu'elles ont dans la loterie chromosomique. N'ayant qu'une paire de chromosomes, tous les deux identiques (X X), elles ne donneront donc qu'un chromosome X. C'est la division du spermatozoïde masculin qui a des cellules sexuelles à chromosomes différents (X, Y) qui départagera et déterminera le sexe, le X féminin se combinera soit au X masculin et donnera une cellule XX c'est à dire de sexe féminin, soit au Y masculin donnant une cellule XY de sexe masculin. Ces combinaisons obéissent aux lois du hasard et c'est pour cela que sur un grand nombre de personnes nous avons une répartition des deux sexes équivalente. Ainsi donc, ce n'est la faute de personne ni de la mauvaise volonté de la femme, ni de l'inaptitude de l'homme, seul le hasard intervient.

Ceci dit, je pense qu'il est nécessaire de s'interroger en toute honnêteté sur sa préférence, se l'avouer et en parler dans le couple, on acceptera mieux le sexe de l'enfant. Ainsi certains feignent-ils de préférer les filles, pour ne pas paraître traditionnel, comme ce père qui me disait un jour à la consultation : j'ai de la chance de n'avoir que des filles d'un ton si résigné qu'il démentait son assertion et qui prit, quelques temps après le risque d'une quatrième naissance malgré l'âge avancé de sa femme. Je pense que c'est une tricherie vis à vis de soi-même qui retentit peu ou prou sur les rapports avec l'enfant. On voit ainsi nombre de fillettes se comporter en garçon manqué pour répondre aux fantasmes des parents. L'inverse est plus rare, mais existe également.

Dans l'identification sexuelle, en effet, le rôle de la famille semble beaucoup plus important que celui de la nature, de l'inné.

En clair, l'enfant se comporte en garçon si on l'élève en garçon et en fille si on l'élève en fille.

En effet des recherches ont été faites sur des cas d'enfants mal étiquetés sexuellement qui étaient génétiquement des garçons et avaient l'apparence de filles sur le plan anatomique ou inversement, et qu'on a donc élevé en fonction du sexe présumé. L'étude faite par un chercheur américain Money sur ces cas a montré que le sexe biologique n'arrive pas à contrebalancer les effets éducatifs de la famille.

J'ai ouvert cette parenthèse essentiellement pour montrer que malgré les différences individuelles de tempérament, l'environnement du bébé et la façon dont on se comporte avec lui ont une importance primordiale.

Ainsi donc faudra-t-il être attentif à ces aspects et apprendre à accepter un enfant différent de ce qu'on a espéré et désiré et éviter de faire de l'enfant un faire valoir, c'est plus difficile qu'on ne le croit.

Vous voyez, l'enfant n'est pas encore né et déjà que de projets n'avez vous pas formé pour lui ! que de rêves, mais aussi que d'inquiétudes !

Vous en devisez souvent ensemble et déjà quelques divergences de vue apparaissent, c'est inévitable, certains parents préfèrent les ignorer, oh, on verra plus tard, d'autres préfèrent en discuter, il vaut mieux se chamailler un peu pendant que le bébé est lové, bien au chaud dans le ventre de sa mère que plus tard devant le berceau.

Autrefois, toutes ces questions d'élevage du bébé relevaient de la seule compétence de la mère mais de plus en plus nombreux, même chez nous, sont les pères qui se sentent concernés et c'est une évolution réconfortante.

Vous entrez enfin, dans le neuvième mois, vous comptez les semaines, puis les jours qui vous séparent du terme, le ras le bol commence à se faire sentir, vous êtes lourde, vous ressentez des difficultés à vous lever, surtout si vous êtes assise sur un siège bas, vous avez des étirements dans les aines, des points de côté fréquents. Vous supportez mal quelques désagréments de ce dernier mois, l'aérophagie, parfois quelques crampes musculaires, la difficulté à trouver une bonne position pour le sommeil, les allées et venues fréquentes aux toilettes... Tout cela est normal et ne doit pas vous alarmer. Normal oui mais quand même désagréable et il vous arrivera souvent de souhaiter un accouchement prématuré, après tout il est maintenant bien constitué, assez fort, il n'est qu'à sentir les coups de butoir qu'il donne dans le ventre ! Ces idées là sont aussi fréquentes et naturelles. Force est pourtant de patienter encore quelques temps, alors que tout est prêt pour le recevoir.

Toute la famille a apporté sa contribution, les grand-mères ont tricoté, même vous-même, vous vous êtes sans doute escrimée sur quelque brassière ou chaussons. Vous avez acheté les langes, vous avez appris à vous familiariser avec de nouveaux termes sans doute oubliés ou inconnus ; les pointes, les carrés etc...

Interroge l'homme expérimenté plutôt que le médecin dit un proverbe de chez nous et effectivement une mère, une grande soeur, une amie vous donneront les conseils précieux et judicieux, fruit d'une expérience que vous trouverez rarement dans un livre. Elles vous diront par exemple qu'il est inutile de délester votre porte-feuille pour l'achat de trop de linge du premier âge, le bébé grandit vite, qu'il faut choisir du linge solide, en coton qui résiste aux lavages fréquents et ne provoque pas d'irritations et d'allergies.

Dans la préparation du trousseau il est utile de tenir compte de la saison où naîtra le bébé, (c'est une vérité de Lapalice qu'on oublie parfois) pour ne pas vous encombrer de linge inutilisable. De toutes les façons, il est recommandé de ne pas trop habiller les nourrissons, ils supportent mal la chaleur et on a toujours tendance à trop les couvrir.

Il ne faut pas avoir honte de recourir aux layettes des soeurs, cousines et amies. D'ailleurs dans certaines de nos régions on considère comme sacrilège d'habiller un nouveau-né de neuf, les premiers habits doivent avoir été déjà portés, c'est une façon symbolique d'ancrer l'enfant dans une continuité, dans une lignée, un peu comme lui donner le prénom d'un aïeul.

Vous avez sans doute aussi choisi un prénom. Le choix du prénom est évidemment une affaire strictement personnelle qui n'est cependant pas innocente. On choisit le prénom pour satisfaire des susceptibilités familiales éventuelles mais aussi parfois par besoin d'originalité, voire par snobisme. Il ne faudra pas oublier que ce prénom c'est vous qui le donnez mais c'est l'enfant qui le portera et devra l'assumer, alors de grâce pensez plus à lui qu'à vous et ne faites pas de votre premier don, un cadeau empoisonné. Il faut savoir que les enfants sont souvent féroces entre eux et que votre enfant pourrait, à cause d'un prénom trop singulier, voire ridicule, être en butte aux railleries des camarades de jeu et de classe.

Ainsi donc, tout est prêt pour recevoir le nouveau venu dans la famille ; vous avez sans doute déplacé quelques meubles pour lui faire un petit coin, protégé des courants d'air et d'une trop grande proximité du chauffage, aménagé également une table de lange, utile surtout les premiers mois où vous serez amenée à changer le bébé plusieurs fois par jour et souvent même la nuit. L'avantage en est d'avoir tout à portée de main pour éviter toute fatigue supplémentaire. C'est un précepte que toute jeune mère qui n'a pas la chance d'être aidée efficacement, se doit de respecter. En effet, la dépense d'énergie qu'exigera de vous le bébé est amplement suffisante et pour être disponible à l'enfant, il faut apprendre à se préserver.

Vous avez jeté un dernier coup d'oeil sur tous ces préparatifs d'autant que vous venez de ressentir les premières contractions dans le bas-ventre, le jour tant attendu serait-il arrivé ? Est-ce le travail qui a commencé ? Les douleurs de l'enfantement, vous en avez évidemment entendu parler, est-ce vraiment cela ? Ce n'est pas très douloureux pour l'instant !. D'ailleurs ça y est, ça a disparu. Faut-il en parler, aller tout de suite à la maternité ? Pendant que vous vous interrogez, arrive une autre contraction. Elle ressemblent, pour les femmes qui les ont connues, aux dysménorrhées (douleurs des règles). D'abord espacées, elles se rapprochent de plus en plus, en même temps qu'augmentent leur durée et leur intensité. Il est utile, pendant la contraction d'adopter une respiration superficielle haletante (qu'on appelle respiration de chien) et à la fin de la contraction, d'expirer profondément et de relâcher tous les muscles. Tout cela s'apprend dans la préparation à l'accouchement sans douleur, enseignement qui n'est malheureusement pas prodigué dans nos PMI.

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